Laurent
J’avais 11 ans. Laurent était dans ma classe au collège. Il était sympathique, suffisamment pour être un copain mais pas assez pour devenir un ami. Mais surtout, il avait le même ordinateur que moi, et sa famille devait avoir pas mal d’argent parce qu’il avait toujours plein de nouveaux logiciels, et des originaux s’il-vous-plaît.
Alors il venait souvent à la maison pour m’en faire des copies. Il aimait bien être chez moi. J’avais l’impression qu’il n’avait personne d’autre avec qui passer du temps. Je le laissais venir pour faire de l’informatique, mais son odeur de transpiration permanente me dérangeait. Dans ma famille, sentir la transpiration était honteux, et même aujourd’hui ça reste une de mes hantises.
Un jour, je suis allé chercher Laurent chez lui. Sa mère m’a ouvert la porte, elle devait avoir une cinquantaine d’années. Avec ma candeur juvénile de l’époque et un étonnement sincère, j’ai fait remarquer à Laurent qu’elle était vieille. Il a eu l’air gêné et m’a expliqué qu’il avait un frère beaucoup plus vieux que lui.
Plus tard, dans mon lit, j’y ai pensé à nouveau et me suis dit que c’était peut-être pour ça qu’il ne parlait jamais de ses parents et qu’il ne devait pas faire grand chose avec eux. Ils étaient vieux. Le plus âgé des miens venait tout juste d’atteindre 35 ans.
Ce soir là, je me suis promis d’avoir des enfants très jeune afin de pouvoir faire plein de choses avec eux. J’avais une vingtaine d’années de différence avec mes parents et je trouvais ça super.
Cette année, j’ai eu 35 ans, et je n’ai toujours pas d’enfants.
novembre 13th, 2007 at 17 h 17 min
C’est l’époque qui veut ça… De nos jours on est à peine sorti du biberon à 35 ans…. Mais je suis sûr que tu auras de beaux enfants un jour, et qu’ils trouveront absolument normal d’avoir une quarantaine (cinquantaine ?) d’années de différence avec leur Papa. Et puis, avoir des enfants, en fait, c’est un métier, peut-être même plus, un sacerdoce : il faut avoir la formation requise, et surtout pouvoir s’y consacrer. Car cela implique un renoncement de soi pendant une bonne vingtaine d’années minimum… Du coup, je me pose la question : mis à part la vitalité des spermatozoïdes qui semble décroître avec les années, vaut-il mieux avoir des enfants lorsqu’on est jeune, inexpérimenté, en plein dans ses propres problèmes existentiels, incapable de les élever, et au fond très certainement très vite agacé par ce fardeau énorme (je ne cite volontairement que les mauvais côtés, il y a bien sûr des compensations extraordinaires), ou lorsqu’on a enfin pris un peu de recul, acquis l’expérience nécessaire, et l’on ressent posément le besoin d’avoir des enfants et que l’on est à même de leur prodiguer tout l’amour nécessaire ?
novembre 13th, 2007 at 20 h 14 min
Grandes questions…
Je n’ai pas eu mes enfants jeune (j’avais 38 ans pour le premier), et ma mère me bassine fréquemment : elle a eu ses enfants très jeune (23 ans à ma naissance), pourquoi on a attendu si longtemps, avoir ses enfants jeune c’est bien. Je te fais grâce de sa liste de raisons : l’une est qu’on est plus en forme, et bla et bla et bla. J’ai appris à relativiser ses arguments. Un autre argument de ma belle-mère est qu’on « profite » de ses enfants plus longtemps (ça ne me dérange pas, je n’ai pas eu des enfants pour « profiter » d’eux).
Alors oui, les enfants c’est parfois un peu fatigant (hier soir : crise de colère de l’ainé, durée : 1 heure), c’est souvent merveilleux (hier soir : portrait de l’ainé à l’école, photo superbe), et c’est toujours unique, il n’y a vraiment aucune expérience équivalente, et l’âge des parents n’y change pas grand chose.
Donc, ne t’inquiète pas trop sur ton âge. D’ailleurs l’âge des parents a tendance à augmenter, pour plein de raisons, notamment l’augmentation de la qualification (études longues), et c’est compensé par l’espérance de vie qui augmente.
J’ajoute que pour ma part, et je sais que c’est pareil pour toi, il y a des choses que je n’aurais certainement pas pu faire si j’avais eu mes enfants plus tôt.
novembre 13th, 2007 at 20 h 48 min
À mon âge, mes parents avaient leur deuxième criard – moi en l’occurence.
Bon, bah, j’en suis loin. C’était cool de suivre mon papa dans ces visites à l’improviste chez ses copains, dans ses bricolages, dans ses soirées. C’était bien d’être avec un papa jeune cool décontracté.
Bon, moi, là, c’est raté pour l’instant. Les boules.
Peut-être que c’est pas grâve non plus de voir passer les année. On peut prendre l’âge sans veillir. J’ai de vrais exemples dans ma grande famille. Où on peut avoir ses enfants très tôt. Encore dans ma famille – c’est aussi à ca que ca sert, la famille.
Des enfants, ca doit être merveilleux et super chiant (la preuve par Pierre). Ce qui compte pour moi, c’est d’en avoir envie, c’est le plus grand engagement que l’on peut assumer dans ca vie. On sera de toute facon de mauvais parents – on peut juste essayer de pas l’être trop.
Comme toujours, devenir agé sans veillir, veillir sans devenir con.
novembre 14th, 2007 at 23 h 39 min
avoir des enfants tôt ne serait-ce que pour tenir le coup quand ils réveillent la nuit… Mais toi, t’as fait un peu comme moi, t’as eu des petits frères tôt