Résurrection
La première fois, c’était il y a un peu plus de neuf ans, lors de mon anniversaire. J’étais un peu anxieux, ne sachant pas si je serais à la hauteur ou si je m’y montrerais ridicule. L’excitation de ma compagne de l’époque, pour qui c’était également la première fois, et l’insistance de mon meilleur ami qui n’avait de cesse de me dire comme c’était bon ont achevé de me convaincre. Je l’ai fait. J’ai aimé. C’est rapidement devenu une véritable drogue.
Dans les premiers temps, j’étais insatiable, moins de trois fois par semaine et j’étais en manque. Puis, l’habitude s’installant, j’ai ralenti le rythme. Petit à petit, sans que je m’en aperçoive, cela n’arrivait plus qu’une fois par semaine, puis une fois par mois. J’ai passé un an et demi sans même y penser. Ma tendre moitié en était toute étonnée mais ne me faisait pas de remarques. J’ai même l’impression que ça l’arrangeait, qu’elle préférait que je passe mes nuits à dormir tranquillement à ses côtés plutôt qu’à « faire du sport » comme j’aimais à le dire.
Il y a deux ans, j’ai changé de petite amie. La nouvelle adorait ça, gare à moi si je laissais passer une occasion, les sirènes se déclenchaient et le leitmotiv reprenait, incessant : « Aurele, quand est-ce qu’on recommence ? Aurele, ça fait longtemps, j’ai envie. Aurele, allez, dis, ce soir, s’il-te-plaît… ». N’importe quel prétexte était bon, n’importe quel événement aussi insignifiant soit-il nécessitait qu’on passe une nouvelle nuit blanche, qu’on termine en sueur, souillés, fatigués, mais heureux de profiter des premiers rayons du soleil qui habillaient la ville encore endormie.
La dernière fois, c’était samedi dernier. À quatre, ce qui m’arrive assez rarement pour tout avouer. Ce sont les filles qui ont proposé, et nous étions partants, bien entendu. Pour l’une d’elles, c’était seulement la deuxième fois. Lors de son initiation, il y a deux ans, je l’avais trouvée à l’aise, détendue, ça me faisait plaisir qu’on remette ça.
Lorsque la nuit s’est achevée, nous avons regardé ensemble les premières lueurs du jour, nous avons écouté les oiseaux chanter dans Paris, nous avions tous les quatre le sourire aux lèvres. On sait que c’est terminé, on sait qu’il faudra attendre avant de recommencer, qu’il faudra se reposer, reprendre des forces, mais c’est peut-être le moment que je préfère.
Comme l’écrivait si bien un de mes auteurs favoris à qui j’ai emprunté ce titre : « sortir des catacombes c'est renaître au monde ».
août 1st, 2006 at 14:24
Chaque phrase est très bien tournée et justement dosée. C’est parfait !
août 1st, 2006 at 19:24
Très jolie prose, Aurele.
août 3rd, 2006 at 23:10
Je me suis faite eue… Mais j’adore ça
Bises
J’M.