Un samedi à la plage
Cher journal,
hier, je suis allé me promener dans l’espoir de maintenir mon activité cérébrale à zéro. Alors que j’errais par hasard aux alentours de la place Denfert Rochereau, j’eus la surprise de croiser plusieurs autres personnes qui, visiblement, avaient choisi d’occuper leur samedi après-midi avec une promenade digestive identique.
En descendant le boulevard Arago et en arrivant près de la rue de la Santé, j’ai pu entendre des gens qui hurlaient « libérez nous, on viendra vous aider ». Je me suis rapidement aperçu qu’ils étaient en fait dans une sorte de HLM et criaient par les fenêtres ; celui-ci mériterait d’être rénové, il a l’air tellement glauque qu’on dirait une prison.
Mes pas m’ont amené, sans que je sache trop pourquoi, jusqu’à la place de la Nation. Je n’avais jamais remarqué que ce trajet fût autant emprunté lors des week-ends, je m’en souviendrai. Là-bas, je suis tombé sur un grand rassemblement festif ; une bonne partie des participants s’étaient déguisés et portaient le même type d’uniforme. C’était drôle, on aurait dit qu’ils s’étaient coordonnés.
Je pense qu’un des cracheurs de feu présents sur la place a fait une mauvaise manœuvre, car une voiture s’est malencontreusement enflammée. Juste après cet épisode, les déguisés et les non-déguisés ont commencé des danses sensuelles, notamment une sorte de quadrille où les uns avancent pendant que les autres reculent, puis les rôles s’inversent.
Pour détendre l’atmosphère, certains ont commencé à jouer à la passe à dix. N’ayant pas de ballons, ils ont fait preuve d’imagination et utilisé ce que la place fournissait comme substituts. D’après ce que j’ai pu voir, ce n’est pas évident de rattraper le ballon lorsque celui-ci est un pavé ou une poutre. Si j’étais un des organisateurs de la fête, je prévoierais des accessoires plus faciles à manier.
Sans que je comprenne bien pourquoi, les gens déguisés ont, au bout d’un moment, décidé de garder la place rien que pour eux. Un peu taquins, ils ont avancé de partout en tirant des grenades qui piquaient un peu les yeux quand-même. Alors que la salle de bal allait leur être intégralement réservée, deux d’entre eux ont, par mégarde, utilisé une bombe de désodorisant sur une demoiselle rousse qui m’avait accompagné tout du long (note pour moi-même : essayer d’identifier cette rousse et déterminer si je la connais) et moi-même. Je ne sais pas quelle marque ils achètent, mais elle est un peu agressive, j’ai eu les yeux qui pleuraient pendant dix bonnes minutes. Je ne prendrai pas la même pour mes toilettes.
Finalement, les gens déguisés ont insisté pour que les non-déguisés s’en aillent définitivement. Sans savoir pourquoi, je me suis retrouvé à la Sorbonne. Là, une autre fête était en train de se mettre en place. Malheureusement, je n’ai pas pu rester, et c’est bien dommage, parce que les amis déguisés que j’avais pu me faire à la première soirée étaient tous en train d’arriver.
Voila cher journal, je t’ai raconté ma journée. Je te collerai quelques photos dessus, mais il faut que je les trie avant. Je pense que j’ai du laisser par erreur mon doigt appuyé sur le déclencheur, le compteur me dit que j’en ai pris 562. J’espère que j’ai bien pensé à enlever le cache, mais je n’en suis pas tout à fait sûr en fait.
J’aime bien débrancher mon cerveau. Je crois que je le ferai plus souvent.
Édit : il semblerait que quelques photos aient bien été prises ; je te les confie, cher journal.

mars 19th, 2006 at 12 h 26 min
Figure-toi — je vais sans doute te l’apprendre — que tu es tombé pile dans une série de marches organisées par et pour les gens ayant débranché leur cerveau ! Quelle coïncidence, tout de même.
C’est un sport national en France. Espérons simplement que tous ces gens rebrancheront leur encéphale avant 2007.
mars 19th, 2006 at 18 h 22 min
Ah… toi aussi, c’est marrant; moi également, il m’arrive plein de trucs étranges ces derniers temps…
http://www.lemague.net/dyn/article.php3?id_article=1978
mars 19th, 2006 at 22 h 08 min
Je me demande si ça n’est pas une pandémie, figurez-vous que moi aussi j’avais un débranchement de cerveau à peu près à la même heure. Le pire c’est que ça ne m’inquiète même pas.
mars 20th, 2006 at 3 h 17 min
Je viens de rajouter quelques photos que j’ai, par chance, réussi à prendre. Et sans le cache en plus !