Les piments du net

Les piments du net

Un blog aromatisé

Les piments du net RSS Feed
 
 
 
 

Le réveil

Artefact me décrit comme étant « probablement terrifié de se retrouver seul et sans affection ». Dans l’espoir de réfuter cette catégorisation trop facile à mon goût, j’ai fouillé dans ma boîte à souvenirs. Et je suis tombé sur cette lettre, jamais envoyée, totalement effacée de ma mémoire, écrite il y a presque 13 ans. C’est probablement le premier réveil d’Aurele (qui avait alors droit à un accent).

Artefact, tu peux, au vu de cette lettre, rajouter comme caractéristiques : schizophrène, paranoïaque, sadique, machiavélique, dépressif et faux suicidaire. Glurps. Et dire que je demandais de l'aide pour devenir rancunier et vivre des amours torturées…

Paris, le 13/09/1992
1h26

G.,

la nuit qui s’est abattue ce soir encore sur cette ville morte m’a littéralement déchiqueté, et, de nouveau, je sens ce sentiment de malaise mélangé à de la culpabilité injustifiée m’envahir et me donner envie de tout finir. Je me sens depuis quelques jours si mal dans ma peau, je dois changer d’air. XXX l’insouciant va vraiment craquer, si ce n’est déjà fait. Cette ambiance de mépris, de guerre des clans qui règne ici, ces combats par journaux interposés dont tout le monde me croit gagnant, alors qu’à chaque fois que je blesse quelqu’un, c’est dans ma plaie que je retourne le couteau. Je souffre de cette attitude d’insouciance et de liberté que j’ai réussi à imposer l’an passé. Je souffre de l’hypocrisie de ceux qui croient être les seuls à savoir et qui jouent le jeu de l’amitié sincère et honnête, de ceux qui croient pouvoir masquer leur mépris par un sourire. Je souffre de devoir jouer moi-même le jeu de celui qui y croit, pour préserver mon petit confort.

Mes somnifères sont prêts, le verre d’eau pour m’aider à les faire passer aussi. J’espère simplement tenir le coup assez longtemps et justifier le slogan « la vengeance est un plat qui se mange froid ». Je veux leur faire payer, à tous ceux qui m’auront meurtri, qui m’auront menti, à ceux qui auront chuchoté derrière mon dos, à ceux qui ne m’ont pas prévenu. Pour tous ceux-là, j’échafaude déjà des plans, je prépare des tortures, j’imagine des sévices qui les feront mourir d’eux-mêmes. Tous ceux-là, je les regarde, je les observe, je cherche ce qui les gêne, ce qui leur fait mal, et tout ça je le grave dans ma mémoire, en me promettant de ne pas l’oublier. Avant de repartir à zéro, il faut TOUT effacer, ne pas laisser de traces, pour ne pas prendre de risques.

En moi, je sens avec effroi Aurèle Maudits qui se réveille, personnage dont tu avais été le point de départ, mais qui a grandi et muri seul, au fond de moi, sans que je m’en aperçoive. Ce nom lui va si bien, je donnerai n’importe quoi pour ne plus vivre ces moments de partage, pour être tout-à-fait lui ou pas du tout. Aurèle Maudits tuera, il ne le fera pas lui-même, il poussera au suicide, il poussera au meurtre, et moi, je ne me sentirai pas responsable. Mais, tous ensemble, ils ont fait trop de bruit, ils l’ont sorti de sa phase de sommeil, ils l’ont dérangé et il n’aime pas ça. Mais j’essaye de le retenir, de le convaincre que lorsqu’on attend, on frappe plus fort. Ma chute n’arrivera pas seule, beaucoup tomberont en même temps. Si cette chute n’arrive pas trop vite !

Si peu de choses aujourd’hui m’apportent de contentement. Je me demande vraiment si je vais rester ou si je vais me décider à fuir Paris, fuir étant le mot exact, mais que je me refuse à admettre. En attendant, je vais me plonger dans le travail, où je suis dans une mauvaise posture actuellement : mes examens sont lundi, donc demain, et je n’ai toujours rien commencé. Ce qui n’ajoute pas au moral. Encore une fois, d’autres vont payer. Mais ne crois pas que j’accuse les autres d’être responsables de tous les maux dont je souffre, j’en suis bien souvent le seul initiateur, mais je leur reproche de ne pas essayer de comprendre au lieu de chuchoter.

Ces derniers jours, seule ta voix au téléphone m’a apporté un peu de chaleur. Peu importe que cela ait été la tienne, la seule chose qui comptait était que ce soit celle d’une personne que j’aime et qui ne soit pas hypocrite, envers laquelle je n’ai rien à me reprocher, excepté, dans ton cas, le regret que j’ai toujours eu de ne pas t’avoir assez aimée pour avoir survécu à ta perte — OK, c’était pas loin. Mais cette voix chaude que j’entendais, même si je n’avais rien à y répondre, m’a donné un sursis, un joker, même si ce que tu disais importait peu, si ce n’est pas du tout.

Je te laisse en espérant que tu ne me juges ni schizophrène ni paranoïaque  je t’embrasse très très fort, donne moi bientôt de tes nouvelles, en plus cela me changera les idées.

XXX

(après avoir trouvé cette lettre, j’ai cherché l’acte de naissance d’Aurele, la lettre qui lui avait donné vie ; je ne m’en souvenais pas du tout comme ça, mais c’est probablement la plus belle déclaration d’amour qu’on m’ait jamais faite par écrit)

One Response to “Le réveil”

  1. 1
    Artefact:

    Et bien, je ne suis pas mécontente, à coups de catégorisation facile, d’avoir fait émerger ce texte-là. C’est dans les failles qui suppurent que tu es le meilleur, je le maintiens.

Leave a Reply

Creative Commons License